La Fayette vu par les Américains

Aux Etats-Unis , plus de 300 villes, villages, et lieux-dit
honorent la mémoire de La Fayette.

tl_files/lafayette/photos_site_lafayette/Conference La Fayette vu par les Americains/chateau-de-chavagnac.jpgAprès la victoire de la guerre dʼindépendance en Amérique (1777 - 1781), le Marquis de La
Fayette et son épouse, Adrienne de Noailles, visionnaires incompris et en avance sur leur temps, se dédient à une cause : l'abolition de lʼesclavage.

À travers leur aventure guyanaise, les visites aux Etats-Unis et spécialement en Louisiane, la fréquentation de salons littéraires en vogue, de sociétés secrètes et d'abolitionnistes célèbres, c'est le récit
à rebondissements multiples d'un véritable combat d'avant-garde, mené par un couple d'une surprenante modernité.
Dans les années qui suivent la victoire de la guerre dʼindépendance en Amérique, le Marquis de Lafayette est fêté comme un héros.

Fort de son expérience, de sa popularité et fidèle à son idéal, il se voit et se proclame défenseur de la liberté. Doté d'un sens aigu de la justice et ayant plus faim de renommée que de pouvoir au sens politique, il se voua, pendant les années précédant la Révolution Française, à plusieurs causes qui lui tiennent à coeur, une de celles-ci sera la reconnaissance du peuple noir et la lutte pour l'abolition de lʼesclavage.
tl_files/lafayette/photos_site_lafayette/Conference La Fayette vu par les Americains/chateau-de-chavagnac-salon.jpgSon séjour dans le Nouveau Monde lui aurait-il ouvert les yeux sur une réalité jusque là ignorée ?
À ses côtés se trouvera infailliblement sa toute jeune épouse, la ravissante Adrienne de Noailles.

Le couple qu'ils forment ne laisse personne indifférent : ils sont tous les deux jeunes, beaux, de toute évidence amoureux, fortunés et, détail non négligeable, rêvent d'une société et d'un monde meilleur.
« Je donnerai mon sang, goutte à goutte pour la cause du peuple. Je me reprocherai
toute ma vie chaque instant qui ne sera pas dédié à cette cause… »

Pour cette raison, ils suscitent l'admiration de certains, le mépris, l'agacement, la jalousie des uns et la défiance des autres.
Il faut tout de même rappeler que La Fayette est relié à la Franc-Maçonnerie depuis 1774, année
de son mariage avec Mademoiselle de Noailles et qu'il est resté en relation avec les milieux maçonniques
en Amérique. Il a été naturellement influençé par le projet maçonnique, par ses rites, ses obédiences, sa volonté égalitaire, et son sens de la justice.

Dès son retour au pays, et plus précisément le 24 avril 1782, il s'affilie à la Loge Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social, même si son activité débordante l'empêche de s'acquitter de ses devoirs vis-à-vis de la Loge. Pourquoi alors, un héros qui a été victorieux à la bataille décisive de Yorktown, un véritable fils spirituel de George Washington, se mêle-t-il des problèmes de société ? Est-ce bien là son rôle ? Et pourquoi, par dessus le marché, son épouse, la très aristocrate et pieuse Adrienne, semble-t-elle l'encourager dans ses choix hasardeux ? Serait-elle une intrigante de plus à la cour du Roi, qui, de par son statut, se trouve dans les bons endroits, au bon moment, pour mieux comprendre les forces en présence et en tirer parti par la suite ? Ou bien, est-ce peut-être lui, qui, homme fougueux et militaire calculateur, motivé par un idéal chevaleresque et un égo surdimensionné, entraîne une jeune femme
encore naïve dans son sillage ?

Tous les couples ont leur secret et ces deux-là fascinent d'autant plus qu'ils n'ont pas lʼair de vouloir cacher quoi que ce soit, pas la moindre affectation dans leur langage, pas de faux semblant dans leurs attitudes, juste une sorte de grâce naturelle et un regard sensible, juste, posé sur le monde, et pas seulement celui de la cour de Versailles, mais aussi sur celui de ce que lʼon nommerait aujourd'hui, les "oubliés" , les "minorités"... Ils sont visionnaires et incompris. Ils sont en avance sur leur temps.
LE SALON
vue-bayou-st-johnEntrez dans le salon littéraire de Madame de Staël, femme de lettres et reine de Paris, qui se déroule dans les
locaux actuels de l'ambassade de Suède :
Dans ce lieu privé et prisé par le meilleur de la société, La Fayette et son épouse rencontrent un certain Stanislas,
chevalier de Boufflers, gouverneur français du Sénégal, et libertin, accompagné de sa maîtresse, la signare Anna
Pépin, elle-même courtier en esclaves dans lʼîle de Gorée (en langage moderne, on dirait "trader"), mais présentée
pour les besoins de la cause comme une "princesse" africaine.

LES AMIS DES NOIRS
La Société Française des Amis des Noirs, créée à Paris en février 1788, accueille quelques mois plus tard une femme du monde, Madame de La Fayette, qui, face à Condorcet et Mirabeau, commence son discours de la manière suivante :
« Le marquis et moi-même voulons nous entourer de toutes les lumières et demandons la suppression de lʼesclavage en désirant trouver une solution équitable pour ménager les intérêts des colons, mais en appliquant avant tout les pensées de nos philosophes... »
La Marquise de La Fayette à La Société des Amis des Noirs, Paris, mars 1788.

Actuellement, la communauté noire américaine reconnait La Fayette comme un des pères de lʼabolitionisme,
comme lʼun des siens.

LA BELLE GABRIELLE ET ADRIENNE
Mais qui était donc la belle Gabrielle ? Dès 1675, les Jésuites construisirent en Guyane, au pied de la montagne Roura, une petite chapelle. Avec l'aide d'esclaves, ils se mirent à cultiver la canne à sucre, le coton et le manioc. Au retour d'une expédition dans le détroit de Magellan, le Sieur de Gennes fut conquis par ces terres et demanda une concession. Cette demande lui fut accordée par décret royal. Ainsi naquit le Comté de Gennes en 1698.
Sur les terres du comté de Gennes, le marronage* et les révoltes d'esclaves étaient fréquents. Un esclave, nommé Gabriel y leva une troupe de 80 hommes et femmes en 1707, pour s'enfuir vers le nord en remontant la rivière. Gabriel régnait en maître absolu et se faisait appeler "Monsieur le Gouverneur". Dénoncé par un traître qui voulait prendre sa place, il fut capturé et pendu.

Son souvenir resta cependant dans l'esprit des gens qui décidèrent par conséquent de donner à cette terre fertile le nom de "La Belle Gabrielle".
Le Sieur de Gennes mourut ruiné par les révoltes et les saccages de la concession. Son fils ne put relever l'exploitation qui devint "Domaine du Roi" en 1725.

En 1785, La Fayette a vent de cette histoire et en parle à son épouse. Le couple militait depuis des années pour l'émancipation progressive des esclaves avec - entre autres - Condorcet et Lescallier. Retenu par ses fonctions à Paris, La Fayette confie à la Marquise la gestion de la plantation, quʼelle dirigera avec talent et audace. Avec autorité, elle donnera l'ordre aux Jésuites d'apprendre aux 500 esclaves le calcul, la lecture et l'écriture pour qu'ils puissent auto-gérer le domaine. La Marquise de La Fayette suivra de très près cette expérience, unique en son temps, en gagnant beaucoup d'argent redistribué aux esclaves devenus libres.

Elle finit par se heurter aux colons et au bout de 10 ans, cette aventure tourna court quand la Marquise fut jetée en prison, détestée autant par les Monarchistes que les Révolutionnaires, qui finalement l'accuseront de la même faute : Son amour inconditionnel de la liberté.
LE MONDE CRÉOLE EN LOUISIANE

tl_files/lafayette/photos_site_lafayette/Conference La Fayette vu par les Americains/portrait-lafayette-signatur.jpgLes fréquents séjours aux Etats-Unis du Marquis et spécialement en Louisiane, dont il se voit offrir, en 1803, le poste de gouverneur, qu'il décline. Sa découverte du Monde Créole et ses interrogations : Comment peut-on être aristocrate, francophone, noir et pro-eslavagiste ? La Fayette face au plaçage*, une vieille institution emblématique de La Nouvelle-Orléans.
 « Madame, rejoignez-moi en Angleterre, comme lieu de réunion, dʼoù nous irons enfin vivre sur nos bonnes terres de Louisiane... Jʼai un rêve... » - La Fayette à Adrienne, alors fait prisonnier et tentant de sʼéchapper en Amérique, terre dʼasile.

Rochefort, Belgique, le 21 août 1792.
"ILS PARTAIENT, IVRES DʼUN RÊVE HÉROIQUE ET BRUTAL,"
"ET LES VENTS ALIZÉS INCLINAIENT LEURS ANTENNES ..."

En 1777, alors que La Fayette n'a que 20 ans, ce jeune aristocrate fortuné part en Amérique avec de fidèles compagnons et risque sa vie. Sa famille le désapprouve, sauf sa jeune épouse Adrienne qui partage ses convictions : l'émancipation des peuples, l'idée Républicaine, l'humanisme, et la solidarité entre les peuples. La Fayette choisit clairement son camp, Louis XVI et Marie- Antoinette le désapprouvent et le trouvent arrogant. Qu'importe... Lui et ses compagnons s'embarquent au péril de leur vie sur un bateau nommé "La Victoire". L'histoire lui donnera raison en lui donnant le nom de "héros des deux Mondes".